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14/01/2014

L'audacieux Monsieur Mayeur. Quelques réflexions sur un pietonnier futur.

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Comme pour confirmer que le renouveau mettrait fin à l’immobilisme, le nouveau bourgmestre de la ville de Bruxelles annonce, lors de ses vœux, la piétonisation des places De Brouckère et de la Bourse et des quelques centaines de mètres du boulevard Anspach qui les séparent.

Le projet n’est pas neuf, il a 20 ans. Pourtant, d’effets d’annonce en projets éphémères, rien n’a bougé. Il semblerait, toutefois, que cette fois sera la bonne.  Plusieurs paramètres ont changés.

 Depuis 1995, tous les partis politiques ont été confrontés à la rénovation des boulevards centraux et tous s’y sont cassé les dents, victimes des groupes de pression, du manque de moyens ou, surtout, de la peur du changement. Peur qui touchait aussi bien les riverains que les décideurs. Pendant ce temps, la qualité du commerce s’est effondrée, au même rythme que la ville s’est congestionnée. L’opinion publique s’est alertée et a revendiqué des espaces réservés à la mobilité douce.

 On ne crée ni une zone piétonne pour résoudre des problèmes de mobilité, ni pour relancer le commerce. On ne peut créer une zone piétonne que dans l’objectif d’apaiser la ville et recréer une qualité de vie susceptible d’y maintenir ses habitants et d’en attirer de nouveaux. Ce qui n’est pas négligeable pour les finances communales.

 Il est évident que les premiers concernés sont les habitants. Les seconds, les utilisateurs qui la fréquentent au quotidien : commerçants mais aussi salariés et travailleurs. Ceux-là doivent être consultés. Leurs besoins, et certainement leurs peurs, doivent être entendus, analysés et des solutions intelligentes, novatrices et praticables doivent être proposées et coulées dans le projet final.

Pour un habitant savoir comment il pourra rentrer chez lui, et s’il possède une voiture, où il pourra la stationner. De même, les commerçants doivent savoir comment ils seront fournis et leurs clients accueillis. Les récentes rénovations catastrophiques de la rue Neuve méritent une sérieuse analyse ! Quant aux touristes et autres visiteurs occasionnels, plus la qualité de la ville sera importante, plus ils seront susceptibles de revenir.

 Les deux obstacles à négocier, la mobilité et le commerce, ont leurs thuriféraires acharnés. Parmi les ‘pour’ comme parmi les ‘contre’ d’ailleurs.

Il ne suffira pas de décréter que les places de la Bourse et De Brouckère sont piétonnes pour que la mobilité se fluidifie et les embouteillages disparaissent. Le danger serait de ne pas anticiper les reports de voitures sur des axes parallèles comme, par exemple, Anderlecht - Anneessens – Laeken. Et quel usage sera attribué à tous les « moignons » de rues qui rejoignent la zone piétonnisée. Seront-elles piétonnes ou deviendront-elles, de fait, des parkings semi-sauvages, comme la section de la rue du Midi entre les rues Henri Maus et des Pierres ? Même question pour le boulevard Anspach entre la rue des Pierres et la place de la Bourse, ou la rue Auguste Orts et, du côté De Brouckère, les boulevards Jacqmain et Max depuis la rue du Cirque.

 Du côté des commerces, il ne faut pas se voiler la face, le basculement de « tout aux bagnoles » à « piétonnier » fera des victimes. Outre la rotation habituelle des commerces, mis à part quelques enseignes, leur durée moyenne de vie dépasse rarement les 5 ans. Il faut anticiper une modification du tissu commercial qui risque d’atteindre 30 à 50% des espaces commerciaux. Ce qui pour la ville, si elle s’inscrit dans le « durable » peut être une opportunité. Anticiper signifie accompagner les commerçants riverains dans la mutation de leur activité ou faciliter le déménagement de ceux qui le souhaitent et surtout conditionner les nouvelles installations. On sait que le secteur horeca est avide de piétonniers, le laisser s’installer en (quasi) exclusivité serait, à terme, la mort du commerce dans le centre. De même que l’occupation des places, 52 semaines par an, par des podiums, tentes ou festivités en tous genres fera déguerpir les habitants et les commerces non horeca.

 Le chantier est immense et ambitieux et d’autant plus difficile  que Bruxelles a raté sa mue quand elle a décidé d’enfouir les trams. Les trams en surface auraient de fait créé, comme à Strasbourg, Bordeaux ou Lyon, une mobilité douce, peu bruyante et conviviale, tout ce que la voiture n’offre pas !

 Philippe Decloux

 

Échevin honoraire (Écolo) de la Mobilité, de la Participation, du Commerce et du Tourisme

(Communiqué de presse)

08:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mobilité, commerce, mayeur, tourisme, ps, mr |  Facebook | |  Imprimer | | | | Pin it! | |  del.icio.us

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